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Notes de réalisation


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    Caroline Martel est une documentariste qui œuvre en cinéma et en arts médiatiques. Son travail a été présenté à travers le monde, du Festival international du film de Toronto, en passant par IDFASRC, SVT et NHK, le MoMA, le Centre Georges Pompidou et le Robert Flaherty Seminar. Son premier long-métrage comme cinéaste indépendante, Le Fantôme de l’opératrice (66 min, productions artifact, 2004), a connu une trajectoire internationale exceptionnelle et a été acclamé comme « le type d’œuvre intelligente et rigoureuse qui traversera le temps » (Village VOICE). Elle conjugue recherches, théories et pratiques autour de la création documentaire depuis une douzaine d’années, avec comme sujets de prédilection le patrimoine audio/visuel, les histoires occultées, les archives et nos rapports aux technologies. Sa première exposition, l’installation de montage Industry/Cinema, est présentée au Museum of Moving Images de New York en 2012. Détenant un bac en Communications et une maîtrise en Media Studies, elle est candidate au doctorat en recherche-création à l’Université Concordia. Elle amorce actuellement le développement d’un webdoc expérimental sur la préhistoire des technologies de télécommunications.

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    “Can’t wait to see what Martel will do next…”
    Talking Pictures
    , BBC World TV

    → Biofilmo détaillée + Notes d’intention
    → Photo de la cinéaste 


  • « Le son même, dans son immatérialité, n’est qu’apparence.
    La réalité c’est ce que nous mettons dedans. »
    Maurice Martenot


    D’où vient le chant des ondes Martenot ?
    De l’électricité. Une matière invisible, une force, universelle, vibre dans le ciel, la terre, le corps… une sensibilité humaine intervient sur elle et, soudain, elle devient voix musicale. C’est cette rencontre que Le Chant des Ondes raconte, à travers l’œuvre et l’instrument de Maurice Martenot – un musicien bricoleur à ses heures qui fut avant tout un éducateur humaniste passionné.

    Les ondes Martenot se sont infiltrées dans ma vie à la fin de la réalisation du Fantôme de l’opératrice (2004). Alors que nous étions à la recherche d’une couleur musicale pour donner une tonalité d’ensemble au film, ma complice, la monteuse Annie Jean, s’est rappelé l’existence d’un instrument électronique ancien au nom étrange d’« ondes Martenot ». C’est alors que s’est engagée ma quête pour trouver, écouter, voir et comprendre ces fameuses ondes ; méconnues, évanescentes, difficilement déchiffrables, elles ne se laisseraient pas saisir facilement.

    C’est à travers l’ondiste montréalaise Suzanne Binet-Audet que je suis finalement tombée sur l’instrument – et sous son charme. Or, autant la finesse et l’ingéniosité débridée du jeu de la « Jimi Hendrix des Ondes » m’impressionnaient, autant les fréquences aux quarts de ton et le vibrato très expressif du Martenot me mettaient aussi parfois dans tous mes états. Par-dessus tout, ses sonorités si pures pouvaient subitement faire monter en moi quelque émotion venue d’on ne sait où. Ayant développé ainsi un tel rapport à cet instrument qui ne peut laisser quiconque indifférent – et qui ne cessera jamais de m’étonner avec ses timbres d’une infinie diversité – j’avais attrapé, moi aussi, la piqûre des Ondes.

    Au cours de la tournée du Fantôme de l’opératrice, les Ondes allaient me suivre aux quatre coins du monde. Immanquablement, après les projections, des questions sur la mystérieuse trame sonore de mon film m’étaient posées. Au lieu de tenter d’expliquer le fonctionnement complexe et l’histoire méconnue du Martenot, j’ai vite senti que c’était par les moyens du cinéma qu’il fallait plutôt le révéler. L’affiche du Fantôme de l’opératrice ne portait-elle pas d’ailleurs ce prochain projet, avec, sous le visage rêveur de l’égérie, des ondes fantomatiques ?

    Si Le Chant des Ondes – Sur la piste de Maurice Martenot présente les Ondes pour la première fois au grand écran, il n’est pas à proprement parler un film sur un instrument de musique. Tel que le disait le documentariste Pierre Perrault : « Je poursuis la poursuite des Hommes… et non pas l’objet de leur poursuite. » Prolongement des sens de ceux qui en jouent, et interface intrigante pour ceux qui le reconstruisent ou le scrutent à la loupe de la science, l’instrument d’Ondes sert de révélateur ; il est, comme j’espère ce film, une interface pour toucher à la réalité et à l’imaginaire de la nature humaine.

    En sourdine au travail de réalisation documentaire, une question s’inscrit souvent : se servir d’un sujet pour créer une œuvre, ou servir un sujet par la création d’une œuvre ? Pour plusieurs, entre l’élan plus cinématographique et celui d’intervention dans le réel, le parti pris est évident. Dans le cas du Chant des Ondes, j’ai fait le pari de ne pas choisir. J’ai désiré rendre « le sujet » de l’univers de l’instrument Martenot en y étant d’une certaine manière fidèle – ou plus exactement en étant fidèle à son esprit. Quoi que l’instrument soit encore un secret bien gardé pour les jeunes générations, et que ce soient beaucoup de « têtes blanches » qui en détiennent les clefs, j’ai tenté d’incarner de façon actuelle le legs de l’instrument. Longtemps associé au répertoire classique/contemporain plus confidentiel, le Martenot est tout sauf un instrument vintage d’effets, mais j’ai tenu à inscrire son répertoire jusque dans ses expressions moins convenues, plus populaires ou étonnantes.

    Proposer de moduler la forme d’une œuvre du réel sur son « sujet » reste pour moi la meilleure manière de ne pas répéter les formes ambiantes de prêt-à-voir documentaire. Rendre le sujet dans ses termes aura en effet inspiré le ton, le style et la construction même du récit de notre film. Musicale, flottante, au long souffle, c’est une œuvre ouverte qui laisse aussi de la place aux spectateurs dans les résonances proches et lointaines de son montage. À terme, elle esquive les classifications : ni un documentaire musical, ni un portrait historique, ni un essai audiovisuel expérimental, ni du pur direct, ni un film simplement sur un instrument de musique…

    « C’est des approches, hein. C’est toutes des approximations.
    Et puis c’en est une qui est proche, proche…
    Ce son-là il nous met proches de quelque chose. »
    Suzanne Binet-Audet

    Le Chant des Ondes est le fruit de six ans de recherches de fond et de fréquentation des gens des Ondes au Québec, en France et au Japon. La curiosité intarissable des personnages, leur attachement aux dimensions artisanales un peu incontrôlables de l’instrument, leur humour et leur amour du travail bien fait auront aussi inspiré et teinté la démarche au long cours que j’ai adoptée avec mes collaborateurs. C’est un honneur pour moi de contribuer maintenant à faire valoir ce patrimoine culturel et humain en participant à sa conservation et à son rayonnement, pour enfin révéler (le) Martenot comme un chaînon manquant, et marquant, de notre connaissance de l’histoire musicale du 20e siècle. Mais surtout, j’espère que ce Chant des Ondes vous permettra de vibrer. Comme Maurice Martenot aimait bien le suggérer, « l’instrument, c’est d’abord et avant tout nous-mêmes… »