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UN MOT DE JEAN LAURENDEAU

UN MOT DE JEAN LAURENDEAU

Ondiste, écrivain et biographe de Maurice Martenot

 

Je crois pouvoir dire que Le Chant des Ondes – Sur la piste de Maurice Martenot est le fruit d’une rencontre entre deux femmes exceptionnelles, la cinéaste Caroline Martel et l’ondiste Suzanne Binet-Audet, rencontre qui a eu lieu à l’occasion d’un film précédent – Le Fantôme de l’opératrice – qui avait un peu mis son auteure « sur la carte ». Humour et tendresse d’approche le caractérisaient, avec une poésie soulignée, maximisée entre autres par la voix sensible des ondes Martenot de Suzanne Binet-Audet.

Le sujet dont traite Le Chant des Ondes est vaste. Les possibilités d’approche en sont nombreuses. Mon livre, Maurice Martenot, luthier de l’électronique (1990, Éditions Louise Courteau), l’abordait sous l’angle d’une biographie de l’inventeur. Caroline a lu ce livre avant d’entrer à fond dans la préparation de son film, avec toute la recherche que cela suppose. Mais elle ne l’a pas utilisé pour en faire son scénario. Bien au contraire, partant de là où j’étais arrivé au moment de sa publication, en 1990, elle a poursuivi une démarche post-Martenot-l’inventeur, et est allée, avec sa sensibilité propre, ses trouvailles propres, et les musiques qui la touchent le plus, directement au cœur du sujet : l’instrument de musique qui est presque un message pour les générations futures, presque un espoir, un son vraiment obtenu quand le bout des doigts de l’artiste fait un avec le fond de son âme. C’est ainsi que je vois cet instrument. C’est ainsi que Caroline le suggère. On croirait suivre une mélodie, la mélodie de Caroline, dans ce film où les scènes s’enchaînent comme des cellules musicales, le montage en étant le phrasé. D’un plan à l’autre, elle va toujours plus profond, à la recherche de ce petit rien, en apparence, qui est à la base de tout.

Après la publication de mon livre Maurice Martenot, luthier de l’électronique, je me suis longtemps senti seul en tant que défenseur des ondes Martenot par un moyen autre que la musique. Comme musicien, bien sûr, je n’étais pas seul, nous étions et sommes encore plusieurs dans le monde à jouer de cet instrument, mais comme écrivain, j’éprouvais ce mélange de fierté et de tristesse que l’on peut éprouver lorsqu’on est seul à militer pour une cause dont on croit qu’elle aurait dû embraser tout le monde musical. Mais maintenant, avec ce documentaire inspiré, tout cela a changé.

Il faut de la concentration, pour bien entrer dans ce film. Tout y est tellement fouillé, senti, approfondi, qu’on aurait avantage à le revoir, une scène à la fois, et à méditer, à réfléchir, par petites étapes – bien que, le montage étant le secret de ce Chant des Ondes, c’est d’abord de bout en bout qu’il faut se laisser porter par sa « mélodie ». On pourra faire, sur le même sujet, bien d’autres films, entièrement différents. Mais sans le cœur, celui que l’on sent battre dans Le Chant des Ondes, et à travers toutes les personnes qui l’animent, qui se questionnent elles-mêmes à propos du mystère de l’Onde, on n’aura pas atteint le but que Caroline touche avec passion et avec tout le talent – de cinéaste, de femme, d’artiste – qui est le sien. Voilà, c’est aussi loin que cela que l’on se trouve, quand on parle du travail de Caroline Martel, et plus que jamais en ce qui concerne Le Chant des Ondes.